Mon parcours

J’ai épousé la France à l’âge de vingt ans. Ma naturalisation ne fut ni un mariage de raison, ni une légèreté, mais une passion. Le récit de la guerre d’Espagne et la dictature de Franco ont marqué mon adolescence. Les plaidoiries de Robert Badinter contre la peine de mort, les écrits des dissidents russes, l’épopée de Solidarnosc ont forgé ma conscience. Je me suis engagé pour Michel Rocard et j’ai milité ardemment pour la victoire de François Mitterrand en 1981.

J’appartiens depuis toujours à cette gauche antitotalitaire qui ne choisit pas entre l’égalité et la liberté, qui croit aux racines que l’on fait pousser dans le sol des terres que l’on sait aimer. La France n’est pas un amour facile. C’est un amour exigeant. Je le sais, je connais le parcours difficile et parfois douloureux de ses enfants adoptés, je l'ai éprouvé à Evry. Mais je sais aussi tout ce que ce pays peut offrir comme bonheurs et libertés.

Parce que c'est mon histoire et la France que je veux.

Né d’un artiste peintre et d’une institutrice, j’ai appris, grâce à eux et à l’école de la République, à aimer ce pays par son histoire, sa culture, sa langue, son rayonnement, jusqu’à m’éprendre de ses paysages, de ses villes et de ses villages. Tout me disait que mes racines étaient là. Mais la France ce n’est pas qu’une terre, qu’une carte d’identité. C’est un idéal. Celui incarné par le général de Gaulle un 18 juin.

Il existe d’autres beaux pays, d’autres grandes cultures. Cependant, la France a un dessein particulier, universel, cousu dans une promesse intemporelle d’égalité, de liberté, de fraternité et de laïcité. Ce ne sont pas que des mots mais des départs, vers des horizons qu’il faut poursuivre pour les atteindre.

Il est rare de penser à son pays en pensant à l’humanité. Si les Français sont si souvent pessimistes, c’est qu’ils n’envisagent pas leur bonheur sans penser au malheur des autres. Cet esprit français, résolument humaniste et universaliste, me fascine depuis l’enfance, comme il fascine tant de peuples vibrant de la même soif, même lorsqu’ils ne comprennent pas toujours nos débats.

On se dispute en France, mais c’est pour mieux se mélanger. D’autres se parlent moins pour mieux s’éviter. J’aime que nous parlions, de tout, pour mieux brasser nos talents, nos richesses, nos racines dans le respect de cette maison commune qui nous abrite sous le beau nom de République.

C’est en France que les esprits persécutés viennent chercher un abri pour penser en toute liberté, pour rire presque de tout et combattre les préjugés.

C’est en lisant la Déclaration de 1789 que Toussaint Louverture déclencha la première révolte contre la colonisation. C’est en citant Voltaire, en s’imprégnant des textes de Simone de Beauvoir, que Taslima Nasreen se bat contre tous les fondamentalismes et pour les droits des femmes.

C’est en criant « laïcité », c’est en rêvant « égalité », que des femmes revendiquent partout le droit têtu de disposer de leur corps et de relever la tête.

C’est cet esprit français, fils des Lumières, porté par des millions de Français et dans le monde entier le 11 janvier 2015, que je veux défendre et protéger; contre tous ceux qui veulent le découdre ou le dissoudre dans la haine, le fanatisme et le rejet de l’autre.

C’est parce que la France m’a beaucoup donné et que je veux la remercier qu’il m’arrive d’être cocardier quand on cherche à la rabaisser, à la mettre en procès, dans ce moment si particulier de notre histoire où nous sommes attaqués. Il ne s’agit pas d’une guerre classique, mais d’une guerre d’usure, celle que nous mène l’islamisme radical. Une guerre faite de menaces terroristes incessantes, de propagandes empoisonnées et d’ennemis qui recrutent sur notre sol pour jeter nos enfants les uns contre les autres. C’est ce poison que je veux défaire de toutes mes forces, en y consacrant toutes les ressources de la République: ses fantassins, ses hussards, sa culture et son génie.

Gambetta le savait, notre pays peut être héroïque mais aussi facilement troublé. La tentation existe, chez certains de nos concitoyens, de répondre à la haine par la haine, à une domination par une autre, de céder aux provocations en succombant aux sirènes du rejet, à la tyrannie de l’identité et à son lot d’atteintes à l’égalité.

Je veux tout le contraire. Je veux que nous avancions ensemble vers la modernité, l’émancipation et l’égalité, dans le progrès et la fraternité.